Pourquoi pense-t-on encore à son ex des années après ?

Pourquoi pense-t-on encore à son ex des années après ?

Il suffit parfois d’une chanson.

D’une rue.

D’un parfum.

Ou d’une photographie retrouvée au fond d’un téléphone.

Et, sans que l’on s’y attende, une personne que l’on n’avait pas revue depuis des années traverse à nouveau nos pensées.

Beaucoup y voient une preuve.

« Si je pense encore à elle, c’est que je l’aime encore. »

Pourtant, je ne crois pas que ce soit toujours vrai.

Il arrive que l’on pense encore à quelqu’un sans vouloir le revoir.

Sans espérer qu’il revienne.

Sans imaginer une seconde chance.

Alors pourquoi certaines personnes continuent-elles d’habiter une partie de notre mémoire si longtemps après leur départ ?

Les psychologues savent aujourd’hui que les liens d’attachement mettent souvent bien plus de temps à s’effacer que nous l’imaginons. Certaines études montrent même qu’ils peuvent persister pendant de nombreuses années, sans pour autant traduire un désir de renouer la relation.

Mais j’ai le sentiment qu’il existe une autre explication.

Plus discrète.

Plus intime.

Peut-être que ce n’est pas cette personne qui nous manque.

Peut-être que ce qui nous manque, c’est celui ou celle que nous étions lorsque nous l’aimions.

 

On croit souvent que cela signifie que l’on aime encore

Lorsque quelqu’un continue de traverser nos pensées des mois, parfois des années après une séparation, notre premier réflexe est presque toujours le même.

Nous nous disons :

« Si je pense encore à cette personne, c’est que je ne suis pas passé à autre chose. »

Comme si le souvenir était une preuve.

Comme si notre mémoire avait le pouvoir de mesurer l’amour.

Pourtant, les chercheurs qui travaillent sur les relations amoureuses observent une réalité plus nuancée.

Les liens d’attachement ne disparaissent pas au moment où une relation s’achève.

Ils s’effacent lentement.

Parfois très lentement.

Il arrive même que certaines personnes continuent de rêver de leur ancien partenaire ou pensent encore à lui dans certaines situations, alors même qu’elles ne souhaitent plus reprendre cette relation.

Penser à quelqu’un n’est donc pas nécessairement vouloir revenir.

C’est parfois simplement la trace qu’une histoire importante a laissée en nous.

Nous avons tendance à croire que tourner la page signifie ne plus jamais penser à l’autre.

Pourtant, oublier n’a jamais été le véritable contraire d’aimer.

Il existe des personnes qui ne font plus partie de notre présent et qui continueront pourtant à appartenir à notre histoire.

Elles ne reviennent plus dans notre vie.

Elles reviennent parfois dans notre mémoire.

Et ce n’est pas la même chose.

Peut-être que notre erreur est justement là.

Nous interprétons chaque souvenir comme un signe que quelque chose n’est pas terminé.

Alors qu’il est parfois simplement le signe que cette histoire a compté.


Et si ce n’était pas l’autre qui nous manquait ?

C’est ici que, selon moi, la question change complètement.

Nous passons beaucoup de temps à nous demander pourquoi nous pensons encore à une personne.

Et si nous nous posions la mauvaise question ?

Car ce qui nous manque n’est pas toujours celui ou celle qui est parti.

Ce qui nous manque, c’est parfois la personne que nous étions lorsqu’il ou elle faisait encore partie de notre vie.

Certaines relations nous transforment.

Elles donnent naissance à une version de nous-mêmes qui n’existait pas auparavant.

Nous faisons des projets.

Nous découvrons de nouveaux endroits.

Nous développons des habitudes.

Nous apprenons à regarder le monde autrement.

Sans nous en rendre compte, une partie de notre identité se construit à deux.

Puis un jour, la relation s’arrête.

L’autre s’en va.

Mais il ne part pas seul.

Avec lui disparaît aussi une version de nous-mêmes.

Celle qui croyait encore à certains projets.

Celle qui riait de certaines choses.

Celle qui imaginait un avenir qui n’existera jamais.

Alors nous croyons regretter une personne.

Mais il arrive que nous regrettions surtout celui ou celle que nous étions à ses côtés.

C’est sans doute pour cette raison que certaines ruptures semblent durer si longtemps.

Elles ne nous demandent pas seulement de laisser partir quelqu’un.

Elles nous demandent aussi de dire au revoir à une partie de notre propre histoire.


« Parfois, ce n’est pas notre ancien partenaire que nous avons peur d’oublier.

C’est la personne que nous étions lorsque nous l’aimions. »

 

Certaines histoires continuent de vivre parce qu’elles ne se sont jamais vraiment terminées

Pourtant, il arrive aussi qu’une autre réalité rende certains souvenirs si persistants.

Toutes les histoires ne s’achèvent pas de la même manière.

Certaines se terminent par une longue conversation.

D’autres par une décision que les deux personnes finissent, avec le temps, par accepter.

Mais il en existe beaucoup qui restent suspendues.

Une phrase qui n’a jamais été dite.

Une question qui est restée sans réponse.

Une explication que l’on attend encore.

Une dernière étreinte qui n’a jamais eu lieu.

Ces histoires-là occupent souvent une place particulière dans notre mémoire.

Les psychologues observent depuis longtemps que ce qui demeure inachevé continue plus facilement à revenir dans nos pensées.

Comme si notre esprit refusait d’abandonner ce qu’il n’avait jamais réellement compris.

Nous croyons alors que c’est l’amour qui nous retient.

Il arrive pourtant que ce soit simplement l’absence de point final.

Nous ne cherchons plus forcément à retrouver cette personne.

Nous cherchons parfois seulement à refermer une histoire qui est restée entrouverte.

Et lorsque cette fermeture n’est jamais possible, il nous faut apprendre une chose difficile :


certaines pages ne se ferment pas parce que quelqu’un vient les refermer.

Elles se ferment parce qu’un jour, nous acceptons de continuer à écrire malgré elles.


Penser à quelqu’un n’est pas toujours vouloir revenir

C’est sans doute l’un des plus grands malentendus des ruptures.

Beaucoup culpabilisent lorsqu’un ancien visage traverse encore leurs pensées.

Ils se disent qu’ils trahissent leur nouvelle vie.

Leur nouveau couple.

Ou qu’ils ne sont finalement jamais passés à autre chose.

Pourtant, notre mémoire ne fonctionne pas ainsi.

Elle ne classe pas les personnes selon leur importance actuelle.

Elle conserve les moments qui nous ont transformés.

Une chanson de notre adolescence peut encore nous émouvoir sans que nous souhaitions redevenir adolescents.

Une maison où nous avons grandi peut nous manquer sans que nous voulions y vivre de nouveau.

Il en va parfois de même pour certaines histoires d’amour.

Nous pouvons sourire en pensant à quelqu’un…

…sans souhaiter qu’il revienne.

Nous pouvons éprouver de la tendresse…

…sans vouloir recommencer la même histoire.

Ce n’est pas le signe que nous sommes restés bloqués.

C’est parfois simplement la preuve que cette rencontre a participé à construire la personne que nous sommes devenus.

Les souvenirs ne sont pas toujours des invitations à revenir.

Ils sont parfois une manière pour notre histoire de nous rappeler d’où nous venons.

 

Pour finir

Nous passons souvent beaucoup de temps à essayer d’oublier.

Comme si oublier était la preuve que nous avions enfin tourné la page.

Pourtant, je ne suis pas certain que ce soit ainsi que fonctionne une vie.

Certaines personnes ne disparaîtront jamais complètement de notre mémoire.

Non pas parce qu’elles étaient les seules que nous pouvions aimer.

Ni parce qu’elles étaient nécessairement les bonnes.

Mais parce qu’elles ont participé à écrire un chapitre de notre histoire.

Nous ne sommes jamais exactement les mêmes après certaines rencontres.

Elles déplacent quelque chose en nous.

Elles changent notre manière d’aimer.

Notre manière d’espérer.

Notre manière de regarder le monde.

Alors, peut-être que passer à autre chose ne consiste pas à effacer ces souvenirs.

Peut-être que cela consiste à leur donner une autre place.

Non plus celle d’un avenir que l’on continue d’attendre.

Mais celle d’un passé qui a contribué à nous construire.

Il existe une différence immense entre vivre dans ses souvenirs…

…et reconnaître que certains souvenirs feront toujours partie de nous.

Penser encore à quelqu’un n’est pas forcément le signe que l’on est resté bloqué.

C’est parfois simplement la preuve que cette rencontre a compté.

Et peut-être que grandir ne consiste pas toujours à oublier.

Peut-être que grandir consiste parfois à remercier une histoire d’avoir existé…

…sans continuer à espérer qu’elle recommence.

 

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Parfois, aimer est un recueil consacré aux nuances de l’amour, de l’absence, des rencontres et des départs.

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