Faut-il vraiment « avoir quelque chose à dire » pour écrire un livre ?
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C'est sans doute l'une des phrases que l'on entend le plus souvent chez celles et ceux qui veulent écrire :
« J'aimerais écrire un livre, mais je n'ai rien à dire. »
Cette phrase est rarement vraie.
Elle est surtout révélatrice d'une confusion profonde sur ce qu'est écrire.
La fausse exigence du "message"
On associe souvent l'écriture à une forme de déclaration.
Il faudrait :
- avoir une idée forte
- porter un message clair
- défendre une position
- transmettre quelque chose d'important
Comme si un livre devait d'abord prouver qu'il mérite d'exister.
Cette exigence écrase beaucoup de projets avant même qu'ils commencent.
Elle fait croire que l'écriture est réservée à celles et ceux qui savent déjà ce qu'ils pensent.
Or, la plupart des livres n'ont pas été écrits pour dire quelque chose.
Ils ont été écrits pour le découvrir.
Écrire n'est pas expliquer, c'est explorer
Un livre n'est pas une réponse.
C'est souvent une question tenue longtemps.
On n'écrit pas parce que l'on sait.
On écrit parce que quelque chose résiste, insiste, revient.
Ce qui met un texte en mouvement, ce n'est pas un message clair, mais une zone trouble :
- une obsession
- une inquiétude
- un manque
- une répétition intérieure
Dire « je n'ai rien à dire » revient souvent à dire :
« Je n'ai rien de clair à affirmer. »
Mais l'écriture n'exige pas de clarté préalable.
Elle la fabrique parfois en chemin.
Ce que cache souvent le "je n'ai rien à dire"
Derrière cette phrase se cachent souvent :
- la peur d'être banal
- la peur de ne pas être légitime
- la peur de ne pas être intéressant
- la peur d'être trop intime
Beaucoup confondent "avoir quelque chose à dire" avec "avoir quelque chose d'original".
Or, un livre ne devient pas juste parce qu'il est original.
Il devient juste parce qu'il est habité.
Ce qui touche n'est pas la nouveauté du propos, mais la manière dont il est tenu, traversé, incarné.
Les livres qui comptent n'avaient pas de thèse
La plupart des livres importants ne partaient pas d'un message.
Ils partaient :
- d'un malaise
- d'un désir confus
- d'une expérience mal comprise
- d'un besoin d'aller voir plus loin
L'écriture permet alors de :
- mettre des mots là où il n'y en avait pas
- organiser une matière intérieure
- donner forme à ce qui n'en a pas encore
Un livre ne dit pas toujours quelque chose.
Il fait parfois exister quelque chose.
Écrire pour comprendre, pas pour affirmer
Attendre d'avoir quelque chose à dire avant d'écrire revient à inverser le processus.
On n'écrit pas parce que l'on a compris.
On écrit pour comprendre ce qui nous traverse.
C'est pourquoi tant de projets se débloquent au moment où l'on accepte de ne plus chercher un message, mais un chemin.
Un livre peut naître :
- d'une question tenue sur la durée
- d'une sensation persistante
- d'un retour incessant vers les mêmes thèmes
Ce n'est pas peu.
C'est déjà beaucoup.
Ce qui compte vraiment
La vraie question n'est pas :
« Ai-je quelque chose à dire ? »
Mais plutôt :
« Suis-je prêt à rester avec une question assez longtemps pour qu'elle devienne un livre ? »
Écrire demande moins d'idées que de fidélité.
Moins de certitudes que de présence.
Pour finir
Si tu attends d'avoir quelque chose à dire pour écrire un livre, tu risques d'attendre longtemps.
Mais si tu acceptes d'écrire pour voir, pour comprendre, pour traverser, alors quelque chose peut advenir.
Un livre n'est pas toujours le lieu d'une réponse.
Il est souvent le lieu d'une exploration menée jusqu'au bout.
Et c'est aussi pour accompagner ce passage — de l'envie floue à une forme tenue, de la question au livre — que j'ai conçu l'accompagnement Écrire et publier son livre : pour celles et ceux qui n'ont pas nécessairement un message, mais sentent qu'un texte cherche à exister.